L’amour

Amour, amour… Je t’aime tant… Je t’aime tant…

Pratiquer le BDSM sans sentiments, je pense que c’est totalement impossible. Aussi, mon expérience me permet de pouvoir dire qu’il est possible de s’éprendre, se dévouer à quelqu’un sans pour autant nourrir pour lui un amour folie. Je n’ai jamais rien attendu de mes partenaires sur ce plan et j’ai toujours su m’adapter. Une vie BDSM riche dénuée d’amour, cela me convenait très bien. J’étais là pour un Maître, pas un mari. J’avais un besoin viscéral de vivre des séances sadomasochistes, de me soumettre, d’être dominée fermement. Je n’avais pas d’attentes cachée, j’étais sincère. Pas d’amourette, pas de grandes déclarations sentimentales. C’était parfait comme ça.

J’étais sexuellement épanouie, cérébralement aussi. J’étais pleine d’émotions diverses, riches et assez folles, mais je n’étais pas remplie d’amour. La bienveillance, le soin, l’attention, l’écoute dont j’ai pu bénéficier ont contribué à mon bonheur. Cela m’a permis de m’attacher très fort. L’abnégation, il n’y avait que cela. Soumise et rien d’autre.

Cependant, les années ont creusé une certaine forme de manque affectif, mais je pensais au fond de moi que c’était par choix que je ressentais cette frustration. Le choix de la plénitude sexuelle contre celui d’une vie amoureuse et « publique » épanouie. Je savais à l’époque que vivre avec quelqu’un que j’aime qui ne me satisfasse pas sexuellement me détruirait à l’intérieur et à petit feu… J’avais trop peur de m’éteindre dans une vie qui n’aurait pas été faite pour moi.

Curieuse ébahie

Je regardais ses couples dans le BDSM qui vivaient toutes leurs vies côte-à-côte. Leurs vies sexuelles, BDSM et leurs vies familiales, sentimentales. J’avais ce vague à l’âme, cette petite amertume au fond de mon cœur qui me faisait penser que de vivre quelque chose de similaire n’était qu’une utopie. C’était de l’ordre du rêve, de l’impossible. J’exprimais tellement d’admiration à suivre ces couples que je trouvais si « complets », si comblés, si chanceux d’avoir ce « tout » parfait. Jamais je ne me suis même prise à rêver un jour vivre quelque chose de semblable.

Trop perverse pour mériter d’être aimée ?

Je pensais que ça venait de moi, mais en réalité se sont tous les hommes que j’ai fréquenté qui m’ont formaté à penser ainsi. J’ai développé le sentiment de n’être « bonne qu’à ça » et d’avoir gâché ma vie sentimentale en favorisant mon âme de soumise. Mes idées étaient si salaces, si vicieuses qu’aucun homme digne d’aimer ne puisse même avoir une seule seconde de curiosité à mon égard.

Ce fut un long travail de réflexion pour réussir à comprendre que si j’étais devenu femme objet, c’est parce que l’on avait décidé de ne pas m’aimer, non pas que ce soit moi qui me le sois interdit. Cela les arrangeait bien, je ne dérangeais personne avec mes sentiments, puisqu’il n’y en avait pas, par choix.

J’étais soumise jusqu’à la moelle. Et même jusqu’au fond du cœur, je me dénuais de tout sentiment amoureux. J’avais l’impression, ainsi, de faire de moi une soumise meilleure, parfaite.

Soumise résignée, en mal d’aimer

Par la force des choses, je n’ai même pas vu le vide que j’étais en train de créer en moi. J’ai tout rempli : ma vie professionnelle, ma vie sexuelle, ma vie d’écriture, ma vie amicale. Tout. J’ai tout développé, sauf mes sentiments. Je me suis fait une vie de solitude amoureuse.

Je réussis à vivre ainsi sans trop souffrir, à me persuader que le couple, ce n’était résolument pas fait pour moi. Je pensais que j’étais quelqu’un de trop indépendant dans la vie, de trop « spécial » de trop « différent », que je ne rentrerai jamais dans le moule du « couple ». Ce qui était un peu le cas, quelque part.

Lorsque j’ai rencontré Papang, c’était la toute première fois que dans le BDSM, quelqu’un me regardait avec des yeux amoureux. C’était quelqu’un de sentimentalement disponible pour moi, ce qui fit, j’en suis certaine, toute la différence. Lui qui, débarquait dans ma vie avec tellement de fraîcheur, qui était si étranger vis-à-vis BDSM et pourtant si curieux de moi.

Il m’a désiré moi tout entière plutôt que de désirer mon corps, plutôt que de désirer ma soumission et c’est quelque chose qui a fait de lui quelqu’un d’unique à mes yeux. Il aime mes pratiques parce qu’elles font partie de moi, il aime ma soumission parce que c’est ma façon d’être naturelle. Sa méconnaissance du monde BDSM m’a permis de voir, de croire qu’il n’appartenait pas à un monde purement sexuel. La seule chose qui guide ses pas, c’est l’amour qu’il me porte.

Sans moi, il ne serait jamais devenu Maître, et s’il y a un après moi, il ne le sera jamais plus. Ses idées sont droites et sa fidélité sans faille.

Un bon Maître, n’est-il pas un Maître qui voue un respect sans faille pour celle qui s’agenouille devant lui ? Justement, quelqu’un qui ne vous ment pas, qui ne vous manipule pas pour servir ses intérêts, qui ne vous largue pas du jour au lendemain sans motif, qui vous aime bien plus qu’il n’aime le BDSM à proprement dit.

Jamais plus je ne vivrai l’humiliation profonde que j’ai pu vivre jadis. Avec des hommes en qui j’ai donné et qui se sont contenté de prendre.

L’amour, qu’il soit léger comme une plume, éphémère comme la vie, profond comme l’engagement, met des couleurs sur les toiles de nos vies. Il réveille les sens, ouvre les portes, panse les blessures et tellement d’autres choses encore. L’amour permet tout. Et pour moi, l’amour est devenu la seule chose qui m’a permis d’être encore là à vous écrire aujourd’hui…

Vous représentez les ailes qu’il me manquait pour prendre de la hauteur sur ma vie.
Envers et contre tout, mon amour, je vous aime.

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