Esclave / soumise

Esclave / soumise

Pour cette semaine, j’avais envie de « jouer sur les mots ». Effectivement, dans notre milieu, il existe parfois tant de noms, d’adjectifs pour qualifier nos pratiques ou même se donner un statut. Souvent, la limite est très fine entre deux, et je crois que c’est pour cela que le sens de chacun de ses mots à tant d’importance pour qui souhaite un rapport de cérébralité au BDSM qui soit de qualité.

J’observe ces temps-ci beaucoup de petits quiproquo, d’amalgames, de différents à ce sujet. Est-il question de ne pas savoir de quoi nous parlons, où simplement de voir les choses sous un angle différent les uns des autres ?

Quid de la différence entre le Maître et le dominant, entre le shibari et le kinbaku, entre la
soumission et l’esclavagisme et bien d’autres choses encore ? Nous pourrions ne pas faire de
différences et mettre parfois tous ces mots dans le même panier. Pourtant, le français nous permet ce genre de langage enrichi et cette dentelle de dénominations. Pour ma part, j’aime à y mettre une différence, et aborder certains termes à part entière. Voilà pourquoi, pour moi, être soumise ce n’est pas être esclave, tout comme être dominant, ce n’est pas Maîtriser.

J’eus donc envie d’affiner les choses sur ce qui me touche le plus. Chipoter peut-être pour certains, mais surtout pousser un peu la réflexion au sujet d’un thème à priori sans importance qui pour moi en a tout de même beaucoup, à savoir : la différence entre la soumise et l’esclave.

Préambule

Pour moi, être soumise ne veut pas dire être esclave, et inversement. Cependant, être l’une ou l’autre nous rapproche de beaucoup de choses, la soumission en premier lieu.

Les questions sont les suivantes : comme justifier que l’on soit l’une ou l’autre ? Comment se
définissent-elles et quels sont leurs attributs, leurs différences ?

Comme toujours, je mets un point d’honneur à faire remarquer l’aspect totalement personnel de mon propos. Je ne souhaite pas détenir la vérité une fois encore, mais essayer d’apporter un éclairage suffisamment documenté sur le sujet pour arriver à mûrir ma réflexion et peut-être, si cela vous intéresse, la vôtre aussi.

L’idée n’est pas non plus de faire de petites cases, mais d’arriver à définir exactement ces deux
personnalité à la fois très proches et pourtant sensiblement différentes.

Définition

Pour introduire mon propos, commençons par les bases…

Esclave : (latin médiéval sclavus, de slavus, slave, par allusion aux prisonniers slaves faits par Otton le Grand)

Personne de condition non-libre, considérée comme un instrument économique pouvant être vendu ou acheté, et qui était sous la dépendance d’un maître. (Il existe encore officieusement de nos jours quelques dizaines de millions d’esclaves en Afrique, en Océanie et en Asie ; leur nombre varie selon les sources.) Personne soumise à un pouvoir arbitraire, qui est sous la dépendance complète d’une autre personne. Prisonnier.

Soumise : soumettre (Du latin submittere, avec l’influence de sous) ou plus exactement : submittere = envoyer dessous, placer sous.

Se rendre maître de quelqu’un, d’un groupe, d’une région par la force ou la contrainte. Placer
quelqu’un dans la dépendance, sous le pouvoir, la domination de quelqu’un : Soumettre quelqu’un à sa volonté. Faire suivre à quelqu’un ou à quelque chose telle règle, telle loi, faire qu’ils en relèvent, qu’ils en dépendent.

Le film perméable entre le jeu et la réalité

Plus en détail, il existe de nombreux termes pour définir les femmes disons « récessives » dans le BDSM : soumise pour la grande majorité, esclave, kajira, etc. Je ne retiendrai que les deux plus grands : l’esclave et la soumise. Je préfère m’exprimer au féminin, car c’est un sujet qui me touche personnellement, ne souhaitant pas m’aventurer sur des thèmes (soumis et esclave homme) que je ne connais que très peu, pour ne pas dire pas du tout (je n’ai jamais rencontré d’homme esclave jusqu’alors, jamais entendu parler non plus)

Je souhaite faire le parallèle entre le jeu et la réalité, car je crois que lorsque l’on emploie des termes aussi forts tel que l’esclavage, il faut admettre que pour beaucoup, cela reste un jeu, un habit de circonstance que l’on ne porte que pour la sphère sexuelle et intime. Cependant, même si cela reste une étiquette bien loin de ce que l’on peut se représenter de l’image réelle d’un esclave du 18e siècle.

Je pense donc respecter une certaine forme de pondération pour ce qui est de mon propos au sujet de l’esclavage dans le BDSM.

Car oui, puisqu’on en parle ; je voulais faire un petit aparté en rapport avec l’esclavage, le vrai, celui que l’on subit vraiment, celui de la réelle persécution, avec tout ce que cela implique d’atrocité humaine.

Dans mon propos, dans l’idée que je me fais d’un propriétaire et de son esclave dans le BDSM, il n’est pas question de cela du tout.

J’en viens à dire tout cela comme j’ai pu le faire avec les violences physiques dans mon article sur le sadomasochisme, car c’est fondamental de le rappeler.

Réduire un humain à l’esclavage est quelque chose juridiquement pénalisable, il faut le savoir.
Soumettre quelqu’un par contre ne l’est pas, même si la limite entre les deux est parfois assez subtile, tout est pour moi question de consentement…

Le consentement

Dans tous les cas, il est toujours présent. Se donner à quelqu’un ce n’est pas rien, surtout lorsque l’on vogue vers des pratiques de plus en plus extrêmes. J’ai donc la conviction que quoi qu’il en soit et pour le bien-être de tous, la légalité également, le consentement doit être de mise. Dans le meilleur des mondes, le verbaliser et surtout l’écrire ! Il n’est pas question là de s’apporter de quelconques preuves mais de rendre les choses vraies et concrètes, c’est aussi cela s’engager pour l’autre. L’écrire prend une forme solennelle très puissante. Lorsque j’ai signé mon contrat par exemple, c’était on ne peut plus sérieux, j’en avais les mains qui tremblaient, c’est pourquoi je l’ai rédigé moi-même et j’y ai mis toutes les closes que je souhaitais, pour pouvoir ensuite lâcher réellement prise, psychologiquement. En mon sens, le contrat devrait être un passage obligatoire dans le genre de relation que le BDSM construit.

Qu’il soit question de confiance ou non, poser les choses sur le papier responsabilise et engage les gens, et bien que l’on décide de vivre un soi-disant conte de fées et de ne pas avoir besoin de ça pour faire confiance, personne, même le plus fin clairvoyant pourra toujours se retrouver face à quelqu’un de malsain qui pourrait faire d’une soumise vulnérable tout ce qu’il veut d’elle.​

Toute la limite réside ici selon moi. L’esclave au titre le plus cruel et hors la loi ne consent en rien, dans le bdsm cela devrait être pour moi totalement l’effet inverse : c’est une réclamation de la part du dominé qui s’engage à se donner corps et âme dans l’esclavage.
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Je pense que personne au monde ne souhaite en réalité devenir esclave, esclave au sens le plus strict qu’il soit, utilisé comme du bétail et réduit à n’être rien, subir tous les sévices les plus inimaginables qu’ils soient. Et parce que je sais que cela a déjà trop existé, et que cela existe très certainement encore que je souhaite faire ce rappel, pondérer mon propos.
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Le rapport cérébral aux choses Être considérée comme une soumise ou une esclave n’a pas la même teneur pour moi. Dans mon regard, je sais que je suis totalement à l’aise dans mon habit de soumise, et que dans celui d’une esclave je ne le serais pas. C’est ainsi, je me représente quelque chose de plus extrême, de plus dépersonnalisé et réducteur. C’est seulement mon avis et dans mon regard à moi seule que cela se joue, et tout n’est qu’une question d’appellation. Voilà pourquoi cela pourrait être sans importance si l’on ne considérait pas l’aspect cérébral des choses.
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Être esclave et être nommée ainsi, cela a déjà quelque chose d’humiliant et de sexuellement intéressant pour les pratiquants, me savoir soumise (dans l’image que je me fais moins extrême que l’esclave) je suis excitée à l’idée de savoir que je « m’écrase » en quelque sorte face au dominant, juste dans l’attribut que l’on me porte. Je ne suis qu’une soumise, et le plaisir cérébral que je prends rien qu’à l’entendre, rien qu’à le dire est apprécié, voilà pourquoi il est important de nuancer les choses, car dans mon esprit, me faire appeler « esclave » n’aurait absolument pas le même effet.

La graduation de l’extrême

Je me représente les choses de la façon suivante : la soumise est une version très édulcorée de l’esclave. Pour moi, c’est surtout un état de continuum, l’esclave n’est pour moi qu’une soumise poussée à l’extrême. Leurs tempéraments aspirent aux mêmes plaisirs d’abnégation, mais leur propre image change, l’une est déconsidérée à l’extrême, beaucoup moins consultée, voire par consultée du tout. Elle subit et s’applique, n’est pas autorisée à ressentir. J’ai même rencontré des femmes qui n’étaient plus que des numéros et qui parlaient d’elles-mêmes à la troisième personne. J’ai trouvé ça très fort ! Corps objet des désirs quelconques de leurs propriétaires. La soumise quant à elle peut exprimer ses émotions, les communiquer, les partager. Le Maître a davantage de considération et s’adaptera davantage, avec bienveillance. Une esclave peut être traitée avec bienveillance, mais dans ce cas, cela n’est qu’un « bonus » de la part des propriétaires les plus clément et attentionnés.
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C’est ainsi que je vois les choses.
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La soumise a une certaine notion d’infériorité, l’esclave n’est même pas mise en graduation dans l’échelle sociétale, elle n’est même pas inférieure puisqu’elle n’est même pas considérée.

Autorité et passation de pouvoir

Je pense que ce point fait partie de ceux qu’il peut y avoir en commun avec l’esclave et la soumise. L’une et l’autre donnent nécessairement une partie (plus ou moins grande) de son libre-arbitre au dominant. À la seule nuance que la soumise garde ce petit pouvoir de liberté cérébral qui l’autorise assez souvent à ressentir et penser d’elle-même, et surtout, d’avoir la considération de son Maître.
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L’esclave, quant à elle, peut plus facilement ne pas être consultée, ne pas être considérée. Devenir un objet sexuel d’amusement dont on ne tient cas ni de l’avis, ni des ressentis. C’est un parti pris, cela épanouit des gens, même si ce n’est pas du tout quelque chose qui me ravirait personnellement.

Le sens péjoratif du mot esclave

Effectivement, de par ce rapport à l’histoire, on a toujours du mal de parler d’esclavage dans le BDSM, on prend davantage de pincettes, ce que je comprends parfaitement. Mais, dès lors que l’on s’affranchit de ce sens plutôt réducteur et péjoratif du mot « esclave », alors, il est possible de penser que l’on peut vivre l’esclavage sexuel de nos jours et pourquoi pas y trouver beaucoup de plaisir, son plaisir, son accomplissement personnel. Pour en voir l’exemple tous les jours sur les réseaux (après, je sais bien qu’on n’a pas idée de ce qu’il se passe en coulisse, comme dans tous les couples d’ailleurs), je vois des esclaves totalement épanouies dans leurs rôles. Rôle qui ne sous-entend pas « jeu » que l’on soit tous bien d’accord avec ça 😉
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Pour finir, un petit mot sur le « bon traitement »

D’une soumise à l’autre, d’une esclave à l’autre, aucune n’est traitée de la même façon. Alors oui, nous pourrions relancer le débat sur le « vrai » du « faux » BDSM, ce qui m’excède royalement, car de mon regard, toutes les façons de faire sont possibles. Un propriétaire peut être bienveillant avec son esclave comme tout l’inverse, c’est ainsi. Il peut considérer sa chose, comme ne pas le faire du tout. Il faut arrêter avec ces notions de bon ou de mauvais, c’est juste impossible d’établir une quelconque loi à ce sujet puisque la base même du BDSM, du sado-masochisme, c’est toute l’ambiguïté du « faire du mal pour faire du bien » « faire mal pour faire plaisir »
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Voilà pourquoi la notion de « bon traitement » est totalement obsolète dans notre milieu. À chacun d’évaluer sa propre relation avec son ressenti personnel, et à cette personne même de dire si elle reçoit le bon traitement ou pas. De l’extérieur, personne n’est juge pour décider si le traitement d’une soumise où d’une esclave est bon ou mauvais.
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J’invite donc à la plus grande largeur d’esprit. En finalité, pour moi, le bon traitement est celui qui épanouit à la fois l’un et l’autre dans le couple BDSM, qu’il soit SM ou non, D/s ou non, Maître ou propriétaire, soumise ou esclave.

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