Le gout du renouveau 

Faire le deuil de sa précédente histoire est une chose, penser à l’avenir une fois seule lorsque l’on est une soumise en est une autre… Voici ma réflexion à ce sujet, parce que je le vis, parce que je suis en plein dedans. Et si je vous l’écris, c’est parce que je ne suis pas la seule dans ce cas… 

Comment penser son avenir après avoir perdu son Maître ? Quel est l’issue au long terme lorsque la personne pour qui l’on a tout donné disparaît ? Le processus de deuil est long, mais ensuite ? Que faut-il faire ? Doit-on se méfier des autres ? 

Si seulement j’avais une réponse facile et toute trouvée à chacune de ces questions qui se bousculent en moi, en permanence… Aujourd’hui, j’ai peur d’ouvrir les bras, et de me faire manipuler comme je l’ai été par le passé, peur de ma vulnérabilité, peur d’être envahie par le manque et d’en perdre mon bon sens. Peur aussi de tout donner à quelqu’un qui pourrait une fois encore me mentir et faire de moi un mouchoir dans lequel on se vide et que l’on jette aussi tôt. Peur aussi de passer à côté de la bonne personne par l’habitude de me renfermer. 

Je n’ai jamais eu d’espoir fou en matière de soumission, j’acceptais tout parce que c’était mon désir, me soumettre vraiment, sans fioritures, sans amourette, sans vie de couple. Je voulais devenir l’objet de quelqu’un, mais malgré tout, j’en espérais quand même un peu, un minimum : de l’attention, de la reconnaissance, du soutien, rien d’extravagant. C’est avec le recul aujourd’hui que je comprends que je n’ai rien eu de tout cela avec Charles. Tourner la page quand je dresse son tableau n’est pas si complexe, et voilà aussi pourquoi il m’a permis une « cicatrisation » plutôt rapide… 

Je n’oserais jamais dire tout ce qu’il m’a fait tant j’ai de respect pour lui, cependant, il me laisse là gisante et sans espoirs. C’est pourquoi il me faut tout reconstruire. Mes rêves sont brisés, mes désirs évanouis. Je pensais que mon Maître, c’était pour la vie. Il y a encore quelques semaines, je le pensais très fort… Mais maintenant c’est fini. Il n’est plus rien pour moi et j’ai jeté mon collier. 

Alors voilà tout l’objet de mon propos aujourd’hui : entre résilience et acceptation, chacun met ses propres moyens en œuvre pour aborder son avenir de la meilleure des façons possibles. Vivre dans le passé, c’est quelque chose que j’aurais pu choisir par facilité, mais je dois avancer. Je ne devrais même pas me résoudre à prendre une retraite et gâcher ma vie pour quelqu’un qui ne mérite pas que je fasse tant de sacrifice pour lui. 

          – Qui chercher ?

Un amant, un Maître, quelqu’un sans engagement ? Je ne sais pas si j’arriverais désormais à donner comme j’ai pu donner à Charles, mais je ne souhaite pas pour autant vivre une relation vanille sans plus jamais de BDSM ni de passion. Aussi, j’ai besoin de construire ma vie de femme et fonder une famille…

Souvent, lorsque je parle de ma recherche idéale, l’on me dit que je cours après une chimère… Est-ce vraiment trop demander que de rechercher un homme sérieux, engagé et disponible ? Je me demande même si parfois le BDSM n’est pas un faux-semblant où se cachent des maris infidèles et douteux. C’est si facile de justifier qu’une femme ne puisse rentrer dans sa vie personnelle sous prétexte que c’est une soumise. Alors que c’est en réalité parce que l’on a déjà une vie et qu’elle (la soumise) n’en fera jamais partie. C’est tellement lâche… Parce qu’une bonne soumise, c’est une soumise qui ne vous envahi pas… C’est donc ça ? Une bonne soumise ne réclame pas d’amour, et encore moins d’enfants ? 

À force de lire des conneries sur l’internet, je me suis bâti sur des stéréotypes nauséabonds qui cloisonnaient absolument tout en pensant être exemplaire… N’importe quoi ! J’ai la haine de ce BDSM là, qui se croit puritain et qui véhicule des principes intégristes et réducteurs. J’ai mis du temps à comprendre que certains principes étaient si bien ancrés en moi que je ne les percevais même pas… J’ai rencontré dernièrement des gens avec qui j’ai tenté de me retrouver. Des gens hors des sentiers, qui s’étaient inventés leur sadomasochisme par eux-mêmes, des gens sans expérience, non pas des pantins d’un protocole tout tracé. Faute de chance, j’ai fait les mauvaises rencontres, de celles qui vous enfoncent encore alors que vous êtes déjà à terre… Des hommes prêts à pleurer, à hurler, à manipuler pour obtenir leurs satisfactions personnelles. Des gens si forts dans leurs genres qu’ils ont réussi à me forcer tout en me bourrant dans la tête que c’était moi le problème. J’ai bu pour réussir à offrir mon cul et je me suis tu pour que les choses aillent plus vite. Aujourd’hui, j’ai honte de ce que j’ai fait, juste pour obtenir un peu de réconfort…
Voilà, j’ai voulu y retourner et je l’ai encore payé. Comme si quoi que je fasse, je devrais nécessairement souffrir…

          – Quelle confiance accorder ? Est-il possible encore de tout donner ?

Je suis quelqu’un d’entier, me donner à moitié n’est pas une possibilité, mais revivre encore et encore l’échec me pousse à rester sur la défensive en permanence… Devrais-je me cloîtrer pour me protéger des autres ?

J’aime pourtant à rêver que tout est encore possible… Rencontrer la personne qui me fera croire que tout est encore possible.

          – Ne doit-on avoir qu’un seul Maître dans toute sa vie ?

Dans mon cœur et dans mon esprit oui. Mais s’il est parti alors tout change, inutile de focaliser sur le passé… 

Force est de croire que Charles était une grossière erreur dans mon parcours alors que j’ai toujours cru qu’il était la plus belle chose qui me soit arrivé dans ma vie… La chute n’en a été que plus haute. J’estime aujourd’hui toujours autant tout ce qu’il m’aura appris, comment il m’aura éduqué et élevé, mais je n’ai plus de Maître dans ma vie. Il aura détruit au moins au double de ce qu’il m’aura permis de construire… 

Si je vous écris tout ça, c’est parce que j’ai fait la rencontre de quelqu’un dont j’avais envie de vous parler. Parce que ça fait des semaines que j’hésite, que j’ai peur. Parce que je ne sais pas comment m’y prendre pour ne pas être maladroite, c’est si important pour moi. Parce que parler d’un autre homme ici n’est pas une tâche facile, mais je crois qu’il en vaut la peine. J’ai même un peu honte d’avoir autant hésité… 

Il a su mettre en doute toutes mes certitudes, à toutes mes questions et m’a prouvé que l’important n’était pas là. C’était un peu la moralité de cet article… 

Depuis, nous avons décidés d’avancer toutes les deux, main dans la main. 

Nous ne nous faisons aucune promesse pour l’avenir sauf celle de nous donner tout le bonheur et le plaisir qu’il nous est possible de se donner mutuellement au jour le jour. Au diable les protocoles, les chemins tout tracés. 

Je l’ai rencontré totalement par hasard… C’est quelqu’un de bon, quelqu’un de simple, quelqu’un de désintéressé… Sentimentalement engagé, je suis perturbé dans toutes mes représentations du BDSM, j’ai l’impression que c’est la première fois qu’un homme dans ce milieu m’accorde autant d’importance et d’attention et dieu que c’est bon… Il construit pour nous une bulle dans laquelle nous cultivons le bonheur, sur mes terres blessées mais toujours fertiles… 

J’ai enfin compris qu’il fallait que j’arrête d’avoir peur du bonheur et du regard des autres… Je suis si renfermé parfois que j’ai bien faillis nous gâcher notre histoire, je n’osais vous parler de lui comme si j’avais peur de refaire inlassablement la même erreur. Désormais, c’est fini… 

J’ai hâte de vous en parler davantage et de construire, espérons-le, de très belles choses ensemble… 

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