Sœurs de soumission

{Pour illustrer cet article, et pour l’occasion de Noël, des photos de Aur et moi en exclusivité au pied de leur joli sapin =)}

Voilà une douce image du triptyque BDSM, celui que de vivre à la fois avec son Maître et avec ce que l’on nomme communément sa « sœur de soumission »

Connaissez-vous ce principe ?


Ce principe vise avant tout, et dans l’immense majorité des cas à satisfaire le Maître dans son désir de pluralité. Ce désir d’absolu fantasmagorique qui règne chez beaucoup de Maître pousse parfois à de sérieux travers dont j’en vois les désastres au quotidien. Dans des témoignages assez durs à entendre et très poignant.


Après un énième mail de détresse, je me suis dit qu’il serait franchement pas mal d’aborder le sujet pour ouvrir le débat, énoncer mon point de vue et soulever quelques petits éléments problématiques dans la « procédure » de la manœuvre.

Le désir…

Lorsqu’un Maître pense à trouver une sœur de soumission à sa soumise actuelle, c’est malheureusement dans 100% des cas une réclamation foncièrement égoïste. Je comprends et je respecte le fait qu’un Maître, s’il le désire et si sa soumise l’accepte, de se donner libre droit de fréquenter d’autres femmes. Simplement, entre rencontrer d’autres femmes en parallèle ou rencontrer d’autre femmes en même temps voire les faire cohabiter ce n’est déjà pas pareil.

Bisexualité


Dans l’idée d’avoir deux soumises sous sa coupe et de les soumettre ensemble, cela sous-entend bien des choses. Tout particulièrement : la bisexualité. Ça parait évident, mais pourtant…


Il faut savoir une petite chose, quitte à briser un mythe. La bisexualité pour une femme, cela n’a rien d’évident, et surtout, c’est comme les antibios, ce n’est pas automatique. Simplement, contrairement aux hommes, les femmes ont tendance à être plus curieuses à ce sujet, et acceptent plus facilement de « s’essayer ». Au bout du compte, cela devient une démarche plutôt 100% hétéro que de vouloir faire l’effort d’accéder au fantasme de son partenaire masculin. Ces femmes, nous pouvons les décrire comme « d’hétéroflexible ».

Avec ma petite expérience sexuelle, je pense pouvoir affirmer qu’une très très grande partie des femmes dans le libertinage et le BDSM dites bisexuelles sont en réalité hétéroflexibles. Elles ne pourraient jamais tomber amoureuses d’une femme, d’en avoir réellement envie.
L’idée n’est pas là de faire un reproche à ses femmes qui (par amour souvent) se forcent à faire des choses qu’elles n’aiment pas toujours pour satisfaire leurs hommes/Maître, mais de vous faire réagir.

Vous faire réagir si vous êtes un homme : « Suis-je bien certain que ma soumise est réellement bisexuelle ? Ne fait-elle pas cela rien que pour me plaire ? Sacrifie-t-elle une partie d’elle pour moi ? » Et si vous êtes une femme : « Suis-je réellement bisexuelle ? Est-ce que fréquenter des femmes me fait souffrir ? Jusqu’à quel point aller pour lui ? Est-ce que je me force lorsque je suis avec une femme ? »

Je ne peux pas trop comprendre, tout comme le masochisme, qu’on puisse se forcer dans le BDSM à aimer des choses que l’on n’aime pas. Mais les femmes, parfois, ont tendance à se valoriser d’une drôle de façon. Ici ou ailleurs. Et je sais que dans ce monde où le sexe est exacerbé, être une soumise maso ou bisexuelle (prétendument) valorise votre pédigré. Oui, d’accord, mais à quel prix… ?

Je vais vous dire… Je suis convaincue que tout se paie un jour, et qu’on a beau chasser le naturel, vous connaissez la chanson par cœur : il revient au galop.

Accepter la douleur si l’on n’aime pas ça vous fera souffrir vraiment fort tôt ou tard, accepter une autre femme si vous n’êtes pas bi détruira votre cœur lorsque vous vous rendrez compte que cette femme prend véritablement une place pour votre Maître, mais pas pour vous…

Alors, ma première petite constatation/philosophie dans cette histoire, et d’ailleurs dans toute l’histoire du BDSM, ce que je m’arrache les tripes à dire à chaque fois, l’une des choses qui vous servira de pilier fondamental dans votre relation, c’est la SINCERITE. Ne vous forcez pas à avoir une sœur de soumission si c’est trop dur pour vous, donnez vous toujours l’occasion de vous exprimer avec sincérité. Confessez vos craintes et vos souffrances, quel qu’en soit le prix moral…

Si votre Maître le comprend, l’entend, acceptez le risque de le perdre plutôt que de vivre un « viol » même déguisé et « consenti », ne vous mentez pas à vous-même. Ensuite, c’est à vous de faire vos choix et à l’autre de s’en accommoder ou pas.

Pour vous Messieurs…

Comme je l’ai déjà dit précédemment, il va falloir avaler la pilule coûte que coûte, je vous le dis si personne ne vous l’a jamais dit avant : rare sont les femmes bisexuelle ! Entendez-le, et faites votre deuil. Déjà : trouver une hétéroflexible pour une soirée de baise est extrêmement compliqué alors une seconde soumise au quotidien qui devient sœur de soumission de la première c’est… Rarissime.

De toute façon, si c’était le cas inverse, ça se saurait. La preuve en est. D’ailleurs, le peu de personnes qui se targue d’avoir réussi bâtissent leur trio sur beaucoup de mensonges, de femmes qui se forcent par amour. Personne ne se l’avoue vraiment, mais c’est vrai, c’est tellement vrai. Combien ses situations font souffrir de femmes… Si vous saviez tous les mails que je reçois à ce sujet, ça me glace le sang… C’est tellement triste.


Combien de femme m’écrivent pour me demander comment être bisexuelle, comment accepter l’autre femme que le Maître impose…

Les soumises… Ses femmes qui sont prêtes à toutes les souffrances… Celles que je n’accepte pas par-dessus tout, la plus sournoise et la plus dévastatrice, la plus discrète : la souffrance psychologique…

Alors, de grâce… Ne forcez pas les choses. Ecoutez ses femmes que vous fréquentez, sondez-les et adaptez-vous, tout simplement 😉

Pas si rose…

Et lorsque, dans la plus belle des configurations, la soumise est désireuse autant que le Maître à trouver une sœur de soumission, que se passe-t-il ? Est-ce que tout est forcément gagné d’avance ? Je ne crois pas…


Pourquoi ? Parce que premièrement, cela décuple son degré d’investissement. Nous savons tous qu’un Maître digne de ce nom doit s’occuper correctement de sa soumise, et que pour lui, même si l’on aurait tendance à penser qu’il possède le bon rôle, pour lui, posséder une soumise, c’est déjà beaucoup d’investissement. Alors, s’il y en a deux, l’investissement est double, sans compter d’effort supplémentaire pour ce qui est de concilier les deux ensemble (la partie pour moi la plus complexe).

La notion de partage

Pour se lancer dans une telle aventure, c’est un principe fondamental que d’accepter d’être partagé ET de partager. Autrement dit, si vous êtes soumise, il faut avoir conscience que le Maître donnera de son temps et de son attention (qui vous était jadis alloué) pour cette nouvelle femme dans votre vie à tous les deux et que par ailleurs, vous, vous fassiez de la place pour cette nouvelle arrivée. Vraiment de la place, sans faire de colères ni de mauvaise foi. Y mettre du cœur pour aider réellement à la construction de cette histoire.

Si vous êtes la nouvelle arrivée : donner de vous aux deux personnes. Considérer l’un autant que l’autre, même si sur le plan des pouvoirs, l’exécutif reste votre Maître.

Pour le Maître, il faut savoir être assez psychologue et mesuré pour arriver à intégrer chacune des soumises dans cette nouvelle configuration.

C’est évident, mais il faut le dire : personne ne doit jamais se forcer à quoi que ce soit. Si personne n’est forcé alors je suis convaincue que tout est d’emblée voué à l’échec.

 

La jalousie

Car oui, même avec toute la bonne volonté du monde, la jalousie est toujours là. C’est-à-dire que même si l’on a très envie d’avoir une sœur de soumission, de voir son Maître heureux et épanoui d’avoir une seconde femme dans son parcours, c’est tout à fait normal, voire inévitable de ressentir de la jalousie à un moment ou un autre. C’est humain, c’est normal, et c’est même inévitable.


Voir l’autre s’éloigner, enfin avoir cette impression ( le plus souvent totalement fausse) que l’autre nous délaisse, l’autre auquel on tient si fort, forcément cela développe une certaine forme de jalousie. Voir l’autre faire des efforts qu’on ne voit plus faire la personne concernée avec nous, voir l’œil briller de désir pour quelqu’un d’autre, etc. Ce sont autant de choses qui peuvent faire mal, à juste titre.

Simplement, cette jalousie, ce qu’il est important, c’est de savoir ce que vous allez en faire… Soit elle vous bloque et vous allez vous enfoncer dans cette jalousie, soit vous essayez de faire l’effort de la contrer. Vous pouvez en parler, ouvertement, aux deux personnes.

Le soin porté à l’égalité

Je vais sans doute me répéter dans cette partie, car cela rejoint un peu tout. Je pense qu’il faut faire preuve d’un maximum d’égalité entre deux sœurs de soumission. Une attention égale, une considération égal, un traitement égal.

Pour se faire, il faut être juste. Si vous n’équilibrez pas les choses, il y aura forcément quelqu’un qui va se sentir lésé et délaissé, et ce n’est pas bon du tout. Car plus un déséquilibre se faire ressentir et plus il se creuse. Et si en plus de tout, vous ne communiquez pas à ce sujet, la zone de rupture peut arriver très vite. Et lorsque ça romp… Plus aucun retour en arrière n’est vraiment possible.

C’est aux trois personnes de se soucier de cela et pas seulement qu’au Maître comme on aurait tendance à le croire. Le Maître est responsable, mais dans le triptyque, tout le monde est acteur. Et ce n’est jamais la faute que d’une seule personne si quelques chose ne va pas, mais c’est surtout l’affaire de tous.


Les comportements malsains

Certaines femmes font tous pour régler leurs affaires en manipulant, avec des petits coup bas, des reflexions dans le dos du Maître, pour terroriser l’autre femme, pour la pousser à craquer, pour la décrédibiliser, pour la faire disparaitre. Car la première soumise se sait en position de force, elle se sent plus à l’aise dans le sens où elle vit en terre conquise. (c’est du vécu…) Et ça, c’est beaucoup de souffrance, en plus d’être ultra malsain.


Une soumise qui désire une sœur de soumission, qui souhaite mener à bien cette aventure avec son Maître mettra du cœur à l’ouvrage, car justement, elle saura le train d’avance qu’elle possède sur l’autre, et elle aura à cœur de rattraper cela avec l’autre.

Quand j’y pense, si les choses sont bien faites, cette idée du triptyque amoureux ou simplement BDSM pourrait déboucher sur des histoires tellement merveilleuses…

La puissance de cette union

Pour conclure, vivre cette situation de trio est loin d’être impossible, rassurez-vous. Simplement, c’est assez difficile à mettre en place. Mais… si chacun y mettait réellement de son cœur, si chacun pensait moins égoïstement, avec d’avatange de psychologie et de sagesse, ce type de configuration serait beaucoup plus fréquente et rendrait tout le monde beaucoup plus heureux, j’en suis vraiment convaincue.


J’aimerais avec cet article vous permettre de vous donner des clefs pour mener à bien cette aventure que vous souhaitez vivre tout en faisant disparaître les situations de souffrance que je lis souvent dans des témoignages que l’on m’envoie.


Alors, n’hésitez pas si vous souhaitez m’écrire à ce sujet, partager en commentaire votre expérience, c’est avec grand plaisir que vous contribuerez à la communauté.


Pour terminer, je vais vous faire une petite confidence… J’ai toujours rêvé ma vie ainsi (malheureusement, je me suis faite à l’idée que jamais je ne vivrai cela…) : je me voyais vivre ma vie « officielle » avec une femme, avoir notre maison, notre petite vie elle et moi, et que nous ayons tous les deux un Maître, le même Maître… Qu’il puisse nous visiter autant qu’il souhaite, qu’il nous fasse des enfants, et… Bref, ça m’arrache toujours un peu de cœur de penser à des choses pareilles…

Vous voyez… Il est des fantasmes absolus dont on est forcé de reconnaître qu’ils sont trop démesurés pour être facilement réalisables. C’est ainsi. Ça parait tellement simple pourtant, et c’est un peu cela qui nous trompe, car on se dit que c’est tellement simple que c’est forcément facile, mais en réalité pas du tout…

 

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