Le dernier des jours sans

 Apprenez à donner de votre absence à ceux qui n’ont pas compris l’importance de votre présence…

Voilà, six mois se sont écoulés depuis que mon Maître a décidé de se séparer de moi. Je tenais aujourd’hui, officiellement, à tourner une page immense dans toute l’histoire de ma petite vie. Il est temps, il en va de ma survie, de mon équilibre mental.

J’ai longtemps vécu dans le passé, j’ai eu beaucoup de mal à accepter et s’en est suivi tout ce que je redoutais le plus ; colère, dégout, renfermement et blocage.

Aujourd’hui encore, mon quotidien « BDSM » est plutôt… Pénible à vivre, et j’ai vraiment envie que ça change. Je suis devenue corrosive et hermétique à ce qui pourtant m’a rendue, il fut un temps, vraiment vivante et heureuse : le BDSM.

Se séparer de la personne à laquelle on tient le plus au monde en l’instant est un véritable déchirement que seuls ceux qui l’ont vécu peuvent comprendre. Pour l’hypersensible que je suis, je crois que j’ai amplement dégusté. J’ai dû faire une croix sur mon bonheur, mon idéal de vie, mon plaisir absolu. Et pas un seul jour, aujourd’hui, ne passe sans que j’y repense, sans que je pleure à ce sujet…

Je n’ai pas honte de vous confier ces choses, il était mon maître et je ne m’étais jamais séparé d’un Maître avant lui, car il était le seul et l’unique Maître que j’ai eu. C’était une chose nouvelle pour moi, inattendue, que jamais je n’aurais souhaité vivre, que jamais je n’ai même imaginé, que jamais je n’aurais cru possible.

Vivre dans le passé n’est pas une solution, se border d’espoirs pour croire qu’un jour tout va changer non plus. Alors il faut laisser le temps tout apaiser, et, péniblement, se résoudre à accepter. Tourner la page et se reconstruire une vie, une libido, des envies, des désirs.

Il faut que j’avance, que j’arrête de me morfondre une bonne fois pour toute. C’est loin d’être simple. Car lorsque je fais le bilan de ma vie, j’ai le sentiment d’avoir mis aux oubliettes ces trois dernières années, comme si absolument rien n’avait existé, alors que ce n’est pas le cas, je ne dois pas oublier cette magnifique année avec lui contre ces 12 derniers mois de souffrance. Cette fois, je crois que j’ai rendu ma dette de peine au double du bonheur de l’année de soumission pure et d’éducation qu’il m’aura permis de vivre et d’apprécier avec bonheur et plénitude. Je ne supporte plus de me voir, là, inhabitée, seule et déprimée, avec ce petit goût supplémentaire de paradis perdu.

Le temps et son comportement surtout a su me faire oublier nombre de bonnes choses en lui pour ne mettre en exergue que les mauvaises. J’ai fini par comprendre par la force de la réflexion, de la solitude que c’était un homme foncièrement égoïste qui ne m’aura presque rien donné de lui. Soit, j’étais heureuse, car en réalité, je ne lui réclamais rien, je pensais que c’était aussi ça, être soumise. Pour lui, c’était la parade, il a donc construit notre histoire sur ce principe. Appelez ça comme vous voudrez. Mais aujourd’hui, voilà ce qu’il laisse : rien, sauf le souvenir que moi seule, je me suis construite autour de lui.

Je vis désormais avec son fantôme au quotidien, un fantôme qui me hante, qui m’obsède et qui pourrit ma vie, une ombre du passé qu’il est largement temps que je laisse partir… Je dois faire mon deuil.

Je sais qu’il se fiche de ma vie aujourd’hui, d’ailleurs ça me fait de la peine de savoir qu’il ne prend même plus quelques minutes pour lire le blog, mon article de rupture, ou encore celui des questions que j’aurais secrètement espéré qu’il lise. Ça me fait de la peine aussi, lorsqu’il revient uniquement pour me dire qu’il souhaite me revoir, car il a dans l’idée de me sauter encore un peu, mais « avec moins d’engagement » m’a-t-il dit. Parce qu’il n’a juste pas réussi à rencontrer quelqu’un d’autre, je suppose. Il n’a aucun respect pour moi et je suis vraiment étonnée, choquée et déçue de ce constat.

J’ai très souvent eu honte d’avoir tout donné à un homme qui lui, aura tout bafoué… Mais j’étais tellement loin d’imaginer…

Il ne m’aura jamais aidé, ni avant dans notre histoire, ni pendant notre rupture, ni même après. Car il est devenu pour moi quelqu’un de néfaste. Chaque nouvel échange avec lui me le confirme. Nous n’avions résolument pas la même importance l’un pour l’autre et de ce fait, la même attention et le même soin. Je vois bien aujourd’hui qu’il ne m’a jamais préservé de rien, n’a jamais pris soin de moi, et m’a rejeté violemment sans grande considération. Il s’est vu soulagé et c’était le principal pour lui.

Aujourd’hui encore, je ne lui en veux pas, et je ne compte pas transférer sur lui ma peine en colère. Je n’ai aucune rancœur et j’essaie de m’efforcer de garder de lui le meilleur, même s’il n’aura rien fait pour. Je vis pour nous deux et notre histoire, c’est le plus important pour moi.

Aujourd’hui, il a quitté cette relation que je ne peux continuer à entretenir seule, d’autant plus qu’aujourd’hui, elle n’est plus que souffrance et torture. Alors je dois la quitter moi aussi.

J’aurais mis du temps, car hier encore, je continuais à lui écrire, à lui donner mon âme de soumise, à pleurer son absence, à regretter son silence. Aujourd’hui, c’est fini.

Je ne dis pas que désormais tout va être clair et limpide, mais ça marque là le premier pas de ma nouvelle vie, non plus celle vécue en l’absence de mon Maître, mais celle vécue en la possession de ma liberté retrouvée, et de voir les choses ainsi change absolument tout.

Il s’en est passé des choses ses six derniers mois, beaucoup. Je possède un nouveau jardin secret que je cultive avec soin, et dans lequel beaucoup de personnes m’ont soutenu, sans rien me réclamer. Des gestes nobles, désintéressés. Aussi rares soient-elles, je leurs doit aujourd’hui beaucoup. Elles m’ont empêché de rompre avec le BDSM et m’ont prouvé que j’avais encore de très belles choses à vivre à l’avenir.

J’ai écrit l’article « Fantasmes » comme un postulat, j’ai été submergée de mails et je n’ai encore répondu à personne ou presque. Je me suis laissé croire que j’avançais alors que c’était juste pour me tromper moi-même sur mon état de rémission… Je m’excuse d’ailleurs auprès de tous ces hommes auxquels je n’ai pas répondu, et davantage même à ceux que j’ai agressé en les envoyant dans les roses, car ça aussi, je l’ai beaucoup fait.

Désormais, je compose ma vie différemment et je suis encore bien perdue, je recolle les mille morceaux de moi petit à petit grâce au soutien de quelques intimes qui peuplent ma vie avec beaucoup de délicatesse et de sentiments. Des gens à qui je dois beaucoup, qui se comptent sur les doigts de la main.

Je rédige cet article pour extérioriser toutes ses mauvaises pensées qui gangrènent en mois depuis cette demie année déjà et qui m’empêche d’avancer. Car je crois cette fois que j’ai envie de m’en sortir, vraiment. Tout ne va pas s’effacer d’une minute à l’autre, je sais bien, mais le premier pas est déjà fait par cet article et je m’en félicite.

Comme dirait une artiste qui m’est très chère, « Je laisse le vent emporter tout »

 

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